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Colloque Uforca 2014, “Pères toxiques” : Petit texte 17


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Petit texte 17
Borges, sa mère et la littérature. Et son père.
Gustavo Freda 
Aquí estamos hablando los dos, et tout le reste est littérature, como escribió, con
excelente literatura, Verlaine.1 
C’est par ces mots que se clôt la dédicace que Borges fait à sa mère de ses œuvres complètes. On est en train de parler toi et moi -écrit-il- et le reste est littérature. Selon cet aveu, c’était elle, la seule chose qui passait avant les belles lettres. Borges parlait beaucoup avec sa mère (… nous sommes ici en train de parler…) de littérature, surtout de littérature anglaise. Il avait appris l’anglais -par le biais de sa grand-mère paternelle qui était anglaise, mais aussi auprès d’une gouvernante- avant l’espagnol. C’est la raison pour laquelle dans la dédicace (et dans la vie) il appelle sa mère, madre, (mother) et pas maman, mais il la tutoyait. Une fois sa cécité très avancée, vers 1956, il a dépendu complètement d’elle qui est devenue aussi son scribe.
La mère, le fils, et la littérature.  Un tout.
Et quoi du père de Borges ?
Etait-il toxique ? Était-il le contraire ? Le contraire du toxique, son antonyme, est sain, convenable. Etait-il un père sain, convenable ?
Il y aurait deux versions de réponse : celle des biographes et les autres. L’inélégance des historiographes, toujours fascinés par la vérité évènementielle, nous en apprendra une tonne sur la relation entre Borges père et son fils. Ils nous diront que Jorge Guillermo Borges était un homme dépressif, effacé derrière une épouse autoritaire, écrivain raté qui a projeté son désir inaccompli sur son enfant. Avocat de profession, il donnait, en anglais, des cours de psychologie dans un institut de langues. Mais surtout une certaine curiosité  (très penché sur la vie sexuelle de Borges) nous rappellera le fait que ce père n’a pas su mesurer la timidité maladive de son jeune fils. Surtout l’épisode de 1918 à Genève selon lequel le père aurait voulu résoudre le problème de l’initiation sexuelle du récent bachelier en lui fixant un rendez-vous (adresse-lieu-heure) auprès d’une dame, laquelle dame, s’avérerait être aussi une intime dudit père. Cela a provoqué la fameuse crise de trois jours (inanition, insomnie et crise de larmes) ainsi que le déménagement de la famille à Lugano. Enfin, pour couronner le tout, les mémorialistes de Borges ne manqueront pas de nous signaler que le tôt décès du père en 1938 aurait laissé enfin Borges (il a 38 ans) et sa mère seuls jusqu’à la mort tardive de cette dernière en 1975 à ۹۹ ans. Enfin…
Mais quelle est la version de son père selon le propre Borges ?
Dans le livre qui vient de paraître aux éditions SUR-Barrtillat : Jorge Luis BORGES – Victoria OCAMPO – Dialogue, Borges répond à la question que l’amie argentine de Drieu et de Caillois lui pose sur son père. Il répond ainsi : «  Il était très intelligent et comme tous les hommes intelligents, très bon. C’était un disciple de Spencer. Il était si modeste qu’il aurait préféré être invisible. Ses dieux étaient Shelley, Keats, Wordsworth et Swinburne. Il m’a révélé la réalité de la poésie ; que les mots puissent être non seulement un jeu de symboles mais aussi une magie et une musique. Quand je récite un poème, je le fais à mon insu, avec la voix de mon père. Il se méfiait du langage et pensait que dans beaucoup de mots se loge un sophisme. On peut trouver dans la revue Nosotros d’admirables sonnets de lui. Il a laissé un roman historique, El Caudillo. Il a écrit et détruit plusieurs livres ».
Bel hommage. Belle confession (pour utiliser un mot borgésien). Cela est dit en 1967. Notre choix de cette citation est volontairement orienté en vue de soutenir la thèse selon laquelle Borges a toujours eu, à l’égard de son père, des propos aussi mesurés que gentils, aussi discrets que bienveillants.
Cela peut nous apprendre que l’amour pour sa mère n’a pas produit chez Borges du mépris ou de l’indifférence à l’égard du père. Ceci peut nous apprendre aussi que le fait qu’un amour démesuré du fils pour la mère (et vice-versa) ne signifie pas pour autant un dénigrement du père -à condition que le fils en question ne cède pas sur son désir et qu’il puisse trouver la « langue de la reconnaissance » qui est toujours la langue du désir de l’autre. La version borgésienne de la sortie du père est faite par l’hommage littéraire. Il n’honore pas le père de la parentalité (bon ou méchant) ni celui de l’histoire, sinon le père de lettres. Il a traduit son père en termes littéraires : celui qui lui lisait Platon à l’âge de 10 ans ; celui qui était un disciple de Spencer et a écrit un roman modeste mais pas médiocre ; celui qui lui a procuré la meilleure chose qu’il lui soit jamais arrivée dans la vie, accéder à sa bibliothèque et découvrir Chesterton, Dickens, Cervantes.
De façon étonnante, il évoque son père en tant que l’homme de lettres que ce dernier fut. Lui, le fils, le plus grand écrivain de langue espagnole du XX siècle, rend hommage « dans les lettres » à celui-là, son père, l’écrivain mineur de Buenos Aires. Il se passe de toute lutte de « pur prestige », donc il s’en sert, donc il s’en sort.
Si comme Bioy Casares nous l’indique Borges abhorrait les miroirs et la paternité par le pouvoir qu’ils ont en commun de reproduction, c’est avec élégance qu’il règle l’affaire de l’ascendance. La réponse que donne Borges à Victoria Ocampo est un hommage délicat et suffisant. L’usage de la pudeur, que lui était si précieux pour des raisons qui devaient lui être propres est présent dans cet éloge. Pudeur et délicatesse. C’est dans ces termes que Cioran l’avait qualifié : Borges, le dernier des délicats. Exactement cela. Délicatesse au père, dépendance à la mère, dévotion à la .littérature
[۱] Nous sommes ici en train de parler tous les deux et tout le reste est littérature, comme l’a écrit, avec excellente littérature, Verlaine.


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  تاریخ انتشار: ۱۹ خرداد ۱۳۹۳، ساعت: ۱۵:۵۳