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Colloque Uforca 2014, “Pères toxiques” : Petit texte 19

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Petit texte 19
La fille de Staline
Laura Sokolowsky 
Svetlana Allilouïeva  était la fille unique de Joseph Staline. La petite princesse du Kremlin publia ses souvenirs aux Etats-Unis, dix ans après la mort du petit père des peuples en 19531. Son existence ne se déroula pas sur la scène du monde, mais dans les coulisses de ce grand théâtre du pouvoir où son père se mouvait en tyran absolu en donnant la réplique à son âme damnée, Lavrenti Beria.
Adorée de son papa, Svetlana eut une vie difficile. Quelque soit sa cachette, elle fut toujours prisonnière politique du nom de son père. Autour d’elle, ce ne fut qu’hécatombe par suicide, assassinat et déportation. Son entourage fut rapidement et méthodiquement décimé. Mère, frères, oncles, tantes, amis, amis d’amis disparurent. Svetlana grandit de plus en plus isolée au sein de l’univers monstrueusement ennuyeux de son père dont la paranoïa s’accentua au fil du temps. Son enfance se déroula dans l’atmosphère étouffante d’une surveillance policière, avec fouilles de cartable, précepteurs bornés et hystériques, gouvernantes-espions, dîners interminables avec des généraux, beuveries de soudards et séances obligatoires de cinéma jusqu’à deux heures du matin avec déambulations dans les couloirs lugubres du Kremlin.
Le récit de Svetlana débute significativement par la fin, c’est-à-dire par l’agonie de Joseph Staline à la datcha de Kountsevo où Krouchtchev et Boulganine la conduisirent. Le lendemain de la mort de Staline, Beria donna l’ordre aux serviteurs d’enlever tout le mobilier et de décamper sur le champ. Tous obtempérèrent car ils étaient membres de la police politique et ancêtre du K.G.B. Des officiers de la garde furent aussi abattus, sans raison particulière.
Il arriva parfois à Svetlana de rêver de ces pièces toujours vides et de s’éveiller, glacée d’effroi. Cette tonalité mélancolique imprégnait les lieux de son histoire : «  Des spectres volent, l’ombre du roi parait, Hamlet se morfond et le peuple se tait ۲» écrit-elle.
Le poison paternel s’insinua d’abord par le mensonge. Quand elle eut six ans, en 1932, la mère de Svetlana se suicida d’une balle de revolver dans la tête en laissant une lettre d’adieu et de griefs à son mari. Ce passage à l’acte se produisit après la tentative de suicide du fils aîné que Staline avait eu d’un premier lit. Lorsqu’il apprit que Iacha s’était blessé en tentant de se tuer à l’aide d’un revolver, son père y trouva prétexte à sarcasme : «  Ah ! Ah ! Il a raté son coup3 ». Nadia Allilouïeva en fut épouvantée.
Néanmoins, ce qui produisit la bascule de son suicide, ce fut un mot de trop. Un simple petit mot. Lors d’un banquet en l’honneur du quinzième anniversaire de la révolution d’Octobre, Staline s’adressa à sa femme de la façon suivante : «  Eh toi, bois un coup ! ». A quoi celle-ci rétorqua : «  Qu’est-ce qui te prend de m’interpeller par un Eh toi ? ». Sur ce, Nadia s’en alla. Un simple mot, une insulte intolérable, un ravalement. 
Les domestiques qui découvrirent le corps de Nadia furent si paniqués que nul n’osa prévenir le maître qui dormait dans la chambre d’à côté. On raconta une fiction à la fillette, selon laquelle sa mère fut terrassée par une maladie foudroyante. Svetlana découvrit la vérité du suicide de sa mère en lisant un journal anglais durant la guerre, en 1942.
Staline ne put jamais accepter d’être, de quelque façon, responsable du malheur de sa femme. L’auto- reproche, qu’il ne pouvait assumer, fut projeté sur celle qui l’avait quitté. Il accusa son épouse post-mortem de trahison, en estimant qu’elle l’avait lâchement abandonné alors qu’il était en marche vers le pouvoir total. Staline s’approcha du cercueil de sa femme et d’un geste méprisant, le repoussa. Il n’assista pas aux funérailles.
Svetlana ne put jamais lire la missive laissée par sa mère à son père, mais elle considérait que la vie de celle-ci aurait été plus malheureuse en cas de divorce. Elle avait donc la notion d’un destin pire que celui de la mort volontaire.
Mais l’ineffable méchanceté de son père se manifesta au moment son adolescence. A seize ans, Svetlana eut la mauvaise idée de tomber amoureuse d’un écrivain juif, ce qui valut dix ans de goulag à l’intéressé et des insultes qui lui brisèrent le cœur : « Regarde-toi un peu dans une glace ! A qui peux-tu plaire ? Il est entouré de filles, espèce d’idiote !4 ». Son père pouvait bien accuser celui qu’elle aimait d’espionnage pour le compte des anglais, cela ne pouvait pas la blesser car elle ne pouvait pas y accorder de crédit. Or les paroles paternelles la visaient, elle. Et ce fut pour cette raison qu’elle y crut en comprenant que personne n’avait besoin d’elle.
Ainsi, à des années d’écart, la fille éprouva ce que sa mère avait vécu et qui la fit mourir. Un simple mot, une insulte intolérable, un ravalement.
Svetlana survécut, mais elle eut besoin de Dieu pour se défendre du Mal.
 
۱ Vingt lettres à un ami, par Svetlana Alliluyeva, (traduit du russe par Jean-Jacques et Nadine Marie), Seuil, Paris, 1967
۲ Ibid., p.18.
۳ Ibid., p.117.
۴ Ibid., p.194.

 


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  تاریخ انتشار: ۲۶ خرداد ۱۳۹۳، ساعت: ۲۲:۵۴