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Des nouvelles de Teheran

La faillite de la psychiatrie a l’iranienne


par Mitra Kadivar


– Des nouvelles de Teheran –

La faillite de la psychiatrie a l’iranienne

par Mitra Kadivar

« Nous n’avons rien trouvé mais compte tenu des dires des voisins nous avons posé le diagnostic de psychose et avons commencé le traitement.» [sic]

C’est la déclaration de quatre psychiatres de l’hôpital de Téhéran où j’ai été internée de force.

Donc je reprends à partir du 14 février 2013, jour de ma libération de l’hôpital psychiatrique. Je reprends parce que je le dois vis-à-vis de mes 4500 soutiens à travers le monde entier et surtout en France, mon second pays.

Après ma libération, j’ai attendu pendant trois mois que mon avocat fasse quelque chose, mais en vain. J’ai su ensuite qu’il était réticent à porter plainte contre un juge, un juge d’instruction (baseporse). Cela nous a pris trois mois de plus pour trouver un autre avocat qui, tout en étant incorruptible, soit suffsamment hardi.

Et là commencent les douze travaux d’Hercule. Mon nouvel avocat m’a assurée qu’il irait jusqu’à écrire au chef du pouvoir judiciaire en personne, si nécessaire. Cela n’a pas été nécessaire. Un juge a fnalement ordonné la réouverture de mon dossier juridique le 6 janvier 2014. Le dossier médical de mon hospitalisation étant indispensable pour cette réouverture, c’est là qu’on peut lire la phrase par laquelle j’ai commencé ce texte.

Oui, j’ai été sous leur regard pendant 52 jours dont 30 dans des chambres équipées d’une caméra, et les psychiatres n’ont rien trouvé. Dans leur détresse, ils ont envoyé un travailleur social à mon domicile ; celui-ci a parlé à deux de mes voisins (il y en a onze), dont l’un de la famille de ce petit garçon qui courait à l’étage au-dessus de chez moi (et dont, je le rappelle, on avait nié l’existence), et là, ils tenaient leur «preuve»!

Deux personnes qu’ils ne connaissaient même pas, qu’ils n’ont entendues que par ouï-dire, ont pesé davantage pour leur diagnostic que leur observation de 52 jours non-stop, 24 h sur 24! C’est pourquoi quand il y a 4500 personnes qui ont affrmé le contraire, parmi eux des centaines de psychiatres, de psychologues et de psychanalystes, ils se sont affolés et ils ont alors eu hâte de me libérer.

Et, chose bien étrange, le nom du Dr Ghadiri ne fgure pas parmi ces quatre psychiatres.

En fait, dans cette réunion dont le compte rendu fgure dans mon dossier, il y avait sept psychiatres dont trois ne se sont pas prononcés. Mais qui sont ces quatre psychiatres qui ont été si pressés de me taxer de folie?

Le premier est ce jeune psychiatre qui a fait part à Jacques-Alain Miller de son désir de suivre son cours à Paris, après lui avoir écrit toutes sortes d’horreurs sur moi, et dont j’ai dit dans mon entretien à l’équipe de Latigazo que son message à J.-A. Miller, dans le langage codé des Perses, signife : «Votre protégée est fnie, il faudra que vous envisagiez un remplaçant».

Le deuxième est l’élève d’un psychanalyste sauvage1 (lui-même psychiatre), qui a réussi à avoir un certain renom et une fortune au nom de la psychanalyse, et qui, depuis un certain temps, délivre un certifcat de psychanalyste [sic] à des psychiatres.

La troisième, autre psychanalyste sauvage, est une femme dont mes élèves parlent dans leurs mails à J.-A. Miller, et qui enseigne la « psychanalyse » dans l’hôpital même où j’ai été internée ! En fait, le service VIP où j’ai passé trois semaines est en vérité un service qui a été créé dans cet hôpital – les hôpitaux du secteur public n’ayant pas le droit au service VIP – spécialement pour enseigner les psychothérapies, dont ladite « psychanalyse ». Ironie du sort ? Chose intéressante: ne sont admis dans ce service que les patients non-psychotiques, non-toxicomanes et nonagressifs.

Sur le quatrième psychiatre nous n’avons pas encore assez d’informations.

Il est à noter que le médecin légiste dont mes élèves parlent dans leur mail du 24 janvier 2013 à J.-A. Miller est porteur d’un de ces certifcats de « psychanalyste ». Il n’avait pas manqué de dire à mes élèves que si, à la suite d’une plainte de ma part, une commission médico-légale se formait sur la demande du juge pour m’examiner de nouveau, cette commission approuverait certainement l’avis du premier médecin légiste, parce qu’elle serait formée des collègues de celui-ci. Mon avocat ne confrme pas que ce soit forcément le cas. De plus, ce médecinlégiste-«psychanalyste » aurait déclaré récemment à une interne de psychiatrie qu’il avait l’intention, grâce à son certifcat, de surveiller « quand une femme et un homme s’enferment dans une pièce, s’ils font vraiment de la psychanalyse ou s’ils font autre chose» – je vous laisse apprécier. Ce sont des propos que j’entendais il y a vingt ans!

J’ajoute que dans un nouvel avis délivré par le médecin légiste à l’intention du juge, il n’a plus été question de folie, mais de désordre de la pensée et du comportement. Et pour cause! (Les propos relevés plus haut en disent assez sur ce qui fait désordre pour certains) De même, ceux qui ont eu le plaisir de me voir au tribunal qui s’est constitué sur la demande de J.-A. Miller n’ont plus osé m’attribuer une personnalité fragile [sic]. Quant aux voisins qui avaient porté plainte, ils sont tous partis de mon immeuble, par crainte d’une poursuite judiciaire de ma part. Ils risquaient une peine de prison et ils ont préféré aller se perdre dans l’immensité de Téhéran.

1- Freud S., « De la psychanalyse “sauvage”»[1910], La Technique psychanalytique.

تهران

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  Date of Publish: 11 February 2016