Monday October 23 2017

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Après coup:

un centre de psychanalyse à Téhéran


par Mitra Kadivar


– Iran –
Après coup:
un centre de psychanalyse à Téhéran
par Mitra Kadivar

Les lecteurs de Lacan quotidien se rappellent probablement que tout ce qui m’est arrivé l’année dernière a commencé par une décision extravagante de ma part de créer un centre de traitement pour les toxicomanes, où mes élèves auraient pu exercer ce qu’ils ont appris de la psychanalyse, bénévolement. J’étais arrivée à cette décision du fait du nombre très élevé de toxicomanes en traitement et en attente de traitement en Iran – ce qui assurerait à mes élèves d’avoir de nombreux patients dès le début de leur pratique, sans perdre de temps.
Ces événements terrifiants, qui ont nécessité l’intervention du monde entier pour me sauver, ont aussi exigé la participation très active et très douloureuse de mes élèves, naturellement. Ce qui les a rendus célèbres, en peu de temps. D’autant plus que deux d’entre eux, Miss Fadaee et Miss Mashhadi, ont été autorisées, depuis octobre 2013 et après ces événements, à faire un enseignement hebdomadaire, intitulé « Introduction à la Psychanalyse », en utilisant le matériel de mes cours auxquels elles ont participé pendant plusieurs années, et cela dans le plus grand hôpital psychiatrique d’Iran, l’Hôpital Universitaire Razi à Téhéran, où elles travaillent en tant que psychologues. À la même date, en octobre 2013, Miss Mashhadi, en tant qu’universitaire, a été autorisée à enseigner une unité de valeur sur la psychanalyse pour les étudiants de masters en psychologie à l’University of Social Welfare and Rehabilitation Sciences à Téhéran -toujours en utilisant le matériel de mes cours.
Ces deux enseignements ont été couronnés d’un tel succès que déjà les responsables de l’Hôpital Universitaire Razi ont demandé à mes élèves d’émettre certaines restrictions à l’intention des participants à ce cours. En effet, tout le personnel de l’hôpital a le désir d’y assister et, de ce fait, toutes les tâches de l’hôpital seraient suspendues pendant les deux heures de ce cours ! Ils ont ajouté qu’il n’y avait jamais eu aucun cours de cette qualité et d’une telle popularité dans cet hôpital (cet hôpital existe pourtant depuis plus d’un siècle !). Nous avons décidé, en réponse à cette demande, qu’à partir du printemps, un même cours sera répété sur deux semaines pour que chaque semaine n’y participe qu’une moitié du personnel de l’hôpital ! De la même façon, l’enseignement de cette unité de valeur à l’University of Social Welfare, qui n’est programmée que pour le premier semestre en temps ordinaire, sera assuré sur le deuxième semestre aussi, du fait de l’importance de la demande des étudiants !
Le succès et la renommée inattendus de mes élèves, ajoutés à ma propre expérience de séjour à l’hôpital psychiatrique – où j’ai pu voir de mes propres yeux comment les psychanalystes sauvages s’acharnaient à produire les « psychanalystes » d’avenir de ce pays à partir des internes de psychiatrie, en groupes de dix et en trois mois (!) – m’ont amenée à créer d’emblée un Centre de Psychanalyse dans mon propre cabinet depuis le début de janvier 2014, où mes élèves exercent en tant qu’analysant-praticien, sous ma responsabilité.

Aujourd’hui, non seulement je suis obligée de recevoir une trentaine de patients par semaine moi-même, mais, en plus, mes élèves en reçoivent autant, en si peu de temps. C’est du jamais vu en Iran, étant donné que les cures sont payantes, contrairement à ce qu’elles seraient dans un centre pour toxicomanes – elles sont gratuites pour les démunis, bien sûr. D’autant plus prodigieux que la création de ce Centre n’a été annoncée que par une simple affiche, distribuée par les membres de la Freudian Association aux quelques centres universitaires, à quelques librairies à Téhéran et diffusée sur le Net. Après cette affuence, une seconde surprise m’attendait, celle du retour en Iran d’une personne que je n’avais pas pu accepter en analyse jadis, du fait de mon emploi du temps comblé, et qui, de ce fait, avait choisi d’entreprendre une analyse dans un pays occidental avec un analyste de l’IPA. Elle explique son retour par ceci : « Les lacaniens, c’est quand même autre chose ! ». Je me demande ce qu’espèrent les psychanalystes sauvages, là où même les analystes de l’IPA ne peuvent pas tenir le coup ? C’est pourquoi j’ai vu récemment une psychanalyste sauvage signer « psychanalyste lacanienne » ! Apparemment se référer faussement à l’IPA perd son attrait, du moins en Iran, parce que facilement vérifiable !
De plus, dans ce Centre, sont assurés deux cours hebdomadaires, sous le titre « Introduction à Freud et à Lacan », par mes élèves se rapportant au même matériel, auxquels participent une cinquantaine de personnes chaque semaine. (Les premiers cours de ce genre ont débuté en ۲۰۰۵, dispensés par Afshin Zamani).
La création de ce Centre a causé la stupéfaction générale. Je le sais par mes patients qui sont pour la plupart des psychiatres et des psychologues.

مرکز روانکاوی آفریقا

مرکز روانکاوی آفریقا

Vous, chers lecteurs, vous serez aussi stupéfaits si je vous dis que, depuis mon internement de force à l’hôpital psychiatrique, tous les psys à Téhéran s’intéressent à la toxicomanie, surtout deux des quatre psychiatres de cet hôpital qui ont posé, me concernant, le « diagnostic » de folie! Ils n’ont pas manqué de mettre dans le coup deux personnes qui étaient mes élèves, jadis, personnes qui ont donc en leur possession, elles aussi, le matériel de mes cours. D’où la convoitise générale. Je n’ai appris que récemment cet intérêt soudain des psys pour la toxicomanie, qui a cristallisé dans la création d’un centre dédié, depuis avril 2013, avec la participation de ces quatre personnes, et quelques autres. On ne vole pas l’idée d’une folle, tout de même !
En illustration : l’affiche du Centre Psychanalytique Africa, sous la responsabilité du Dr Mitra Kadivar

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  Date of Publish: 11 February 2016