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Foad Saberan, “Psychiatrie et colonialisme intellectuel”, La Lettre de la Psychiatrie Française, n°۲۱۶, Juin 2013

PSYCHIATRIE ET COLONIALISME INTELLECTUEL : une psychanalyste internée à Téhéran

* Docteur Foad SABERAN

Mais parle : de son sort qui t’a rendu l’arbitre ?

Pourquoi l’assassiner ? Qu’a-t-il fait ? A quel titre ?

Qui te l’a dit ?

Racine, Andromaque, Acte V, scène 3

S’il y a une attitude quasi universelle qui perdure, c’est de s’en prendre aux professionnels de la santé mentale, en particulier aux psychiatres, tantôt coupable de trop enfermer, tantôt responsable de laisser partir dans la nature un fou dangereux. L’envie vient de demander à nos détracteurs et aux donneurs de leçons de se mettre d’accord pour que nous puisions organiser notre défense. Flickiatre ou laxiste ? A cet égard ce que vient de subir le Professeur Mohammad GHADIRI, de Téhéran, est un cas d’école. D’autant que, dans ce qui s’écrit à partir de Paris, s’ajoute à la suspicion envers le psychiatre, une forte odeur nauséabonde de colonialisme et de racisme intellectual .

Ce confrère dirige le « Tehran University of Medical Science », un service de psychiatrie universitaire de pointe, à quelques kilomètres du centre de Téhéran. Un jour, à la veille de Noël 2012, il a le malheur de recevoir dans son service, par placement judiciaire, une consœur, le Docteur Mitra KADIVAR, psychanalyste lacanienne francophone cultivée, arrêtée pour « troubles à l’ordre public, sur plainte du voisinage ». Je rappelle que nous sommes à Téhéran, capitale de l’empire théocratique de la République islamique, ayant à sa tête, le Guide suprême, prêtre-empereur, l’Ayatollah (« Signe de Dieu sur Terre ») Khaménéi et M. Ahmadinéjad, président « réélu » en 2009.

Cinq à six semaines plus tard, fleurit à Paris, une pétition planétaire initiée par MM. Bernard Henri Lévy et Jacques Alain Miller, pour dénoncer « l’internement abusif et arbitraire » de Mme Kadivar, par le Pr Ghadiri, et réclamer sa « libération ». En peu de jours cette pétition bien organisée recueille plus de 4600 signatures sur trois Continents. D’éminentes personnalités intellectuelles, artistiques et politiques de tous bords ont signé. On pourrait se réjouir d’y voir, entre autre, MM. Mélanchon et Copé, pour une fois d’accord. Mais pour ou contre quoi, exactement ?

Qui est en cause ? L’abominable régime iranien, champion mondial des exécutions capitales (entre autres, de malades mentaux « politique » ou « mystique »), sa justice qui, pour une fois, confie une personne en difficulté à la psychiatrie et non à la prison, ou l’équipe médicale qui reçoit, sur ordonnance judiciaire, une patiente.

On aimerait bien connaître le degré de connaissance en matière de psychiatrie et d’iranologie des initiateurs de cette pétition. La République islamique est un pays où le nombre pléthorique des centres de pouvoir confine à l’anarchie, sauf quand il s’agit de réprimer avec la plus grande violence toute parole libre ou différente. Un pays où un jeune médecin de prison est trouvé mort, en juin 2009, d’une « crise cardiaque » quelques heures après avoir dénoncé les tortures et les viols de la prison de Kahrizak. Un pays où, sans état d’âme, l’Etat passe au bulldozer les cimetières des « hérétiques ». Dans ce pays où règnent en maîtres Goebbels, Torquemada et Savonarole, des intellectuels français lancent une campagne internationale tonitruante contre un psychiatre.

Je rêve ou quoi, comme disent les jeunes lycéens ?

Rappelons que, dans ce pays où la médecine est à plusieurs vitesses, la patiente est installée en chambre VIP et qu’elle a libre accès au téléphone et à l’Internet. Elle appelle au secours et vilipende ses confrères et soignants. Les hospitaliers apprécieront. Les parisiens, sans vergogne et avec un mépris bien signifié, en concluent qu’elle est au Goulag brejnévien, version ayatollah. D’autant que le Pr Ghadiri refuse de communiquer sur le secret médical et pire encore, d’obtempérer aux ordres de M. Jacques Alain Miller qui a posé son diagnostic de parfaite santé mentale, par Internet et téléphone. On pourrait en rire, si cela se passait entre Saint-Germain-des-Près et Sainte-Anne, en mai 68. Or il s’agit de l’Iran. Il y a peu, en France, d’éminents détenteurs de pouvoir se permettaient de jeter en pâture au peuple, les psychiatres « responsables » du crime d’un malade mental. Imagine-t-on un instant ce que doivent subir nos consœurs et nos confrères dans la Perse enturbannée, où tous les jours que Dieu fait, un théologien de renom prend la parole pour dire tout le mal qu’il pense des sciences humaines, spécialement de la psychologie et de la psychanalyse ? Je puis témoigner que la majorité des patients qui arrivent de Téhéran ou de la province, quel que soit leur niveau social ou intellectuel, ne cessent de dire du bien de leurs soignants « ravan-kav » (« chercheur en âme », psychanalyste), terme qui dans le langage populaire désigne les thérapeutes en psychiatrie. Il y a autre chose : l’embargo de l’ONU. Les médicaments ne sont pas concernés, mais c’est un excellent prétexte pour la mafia enturbannée d’organiser et la pénurie et la vente des médicaments trafiqués, en particulier les psychotropes.

Encore un petit détour : la censure. Nos collègues ont le plus grand mal à parler en public ou à publier. Comme toujours, l’ignorance, la bêtise et la volonté de réprimer font qu’il faut user de mille ruses pour organiser un congrès de sciences humaines, ou de psychiatrie, utiliser un langage ésotérique pour dérouter les censeurs présents dans la salle. Pour publier, encore à des tirages homéopathiques, le meilleur moyen c’est le dessous-de-table. Dieu bénisse la corruption qui permet de publier, mais en restant dans des limites ésotériques. Tout manquement est réglé au niveau du tiroir-caisse, langage universel que tout le monde comprend. C’est ainsi que des centaines de journaux et d’éditeurs qui ont dérogé à l’autocensure ont sombré, corps et biens.

Depuis des siècles, les penseurs issus des nations iraniennes sont à l’image de leur patrie : des oasis verdoyants d’intelligence, de culture, de connaissance et d’humanité dans un immense plateau désertique de sable, de cailloux et de montagnes arides. Les génies que la culture persane a produits, de l’Asie centrale à la Méditerranée, sont parmi les plus grands de l’histoire de l’humanité. Depuis le milieu du XIX° siècle, enfin les femmes sont entrées dans l’arène. Et au XX° siècle les cinéastes sont venus ajouter leurs pierres à celles des poètes et des penseurs. Mais ces peuples sont meurtris, malmenés par deux castes étroitement associés : les théologiens et les hommes en armes. Voilà qu’à partir de Paris, une pétition, avec son mépris hautain, vient ajouter son venin à ceux de l’histoire. C’est ainsi qu’est proposé que Mitra Kadivar vienne en France pour être, enfin, bien « traitée », sous-entendu que la science et la déontologie des psychiatres de Téhéran ne vaut pas celles des psychanalystes de l’Ecole de la Cause freudienne. Sur quels critères notre profession fragile a-t-elle été dénigrée et jetée en pâture aux autorités d’un état dictatorial ?

Ces agressions intellectuelles sont ressenties comme une humiliation, pire une trahison. Vers qui peuvent se tourner les iraniens éclairés, si ce ne n’est vers leurs congénères dans le monde entier, spécialement ceux de l’Europe et de l’Amérique du Nord, dont ils connaissent les langues. Mais la clairvoyance est assez fragile et peut sombrer comme ont sombré des légions d’intellectuels en Europe, pendant la nuit stalino-hitlérienne. Est-ce cela que recherchent les initiateurs de la pétition qui semblent ignorer la situation explosive du Proche-Orient, des confins de la Chine à la Méditerranée ? Croit-on aider les iraniens universalistes en s’attaquant à leurs médecins bien-aimés ? En quoi cela avance la cause de la paix que de réveiller avec fracas les démons du nationalisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie ?

L’histoire continue, à Paris. C’est à n’y rien comprendre. Après avoir transformé une hospitalisation en une dangereuse affaire politique, les pétitionnaires transforment un débat d’idée en une affaire judiciaire. Mme Kadivar a été « libérée » … et Jacques Alain Miller fait un procès à Elisabeth Roudinesco, universitaire reconnue, présidente de la Société Internationale d’Histoire de la Psychiatrie et de la Psychanalyse, Henri Roudier, le secrétaire et Philippe Grauer, administrateur de cette société. Ils sont traînés en justice pour avoir publié les résultats de nos multiples investigations à Téhéran, nous professionnels de la santé mentale, d’origine iranienne. En effet nous avons déclaré sans ambages, qu’on a transformé une difficulté personnelle avérée, notre enquête le confirme, en une affaire de politique internationale (Dieu merci, M. Laurent Fabius a évité l’incident diplomatique et le ridicule en ne tombant pas dans le piège) et qu’on a traîné au banc de l’infamie un psychiatre et son équipe, qui n’ont en rien trahi le Serment d’Hippocrate ni l’éthique des grands penseurs de la Perse, depuis l’Antiquité.

Mais il y a pire. Le 11 février, dans un écrit de mise en garde, je disais: « En Iran, les tenants de la théorie du complot universel vont s’en donner à cœur joie après la grosse bourde criminelle des initiateurs de cette pétition en « faveur » de Mitra KADIVAR. La voilà promu au rang « d’agent de l’étranger » porteuses d’une « science du sexe » qui n’est que perversion de l’Occident. Qui portera la responsabilité de ce que les psys iraniens vont subir. Déjà mes confrères iraniens fulminent contre ceux qui profitent d’un malheur pour pointer les projecteurs sur une profession qui ne demande qu’à travailler dans la discrétion et le silence, au profit des patients ». C’est ce que confirme, sans détour, Madame Gohar Homayounpour, psychanalyste à Téhéran, auteure de Doing psychoanalysis in Tehran, dans sa prise de position ferme, à un congrès de psychanalystes à Londres, en affirmant que cette pétition a fait un grand tort aux psychanalystes iraniens.

Dans cette histoire il y a au moins deux victimes notre consœur Mitra Kadivar et notre confrère, Mohammad Ghadiri. Où en est cette femme de valeur, Madame Kadivar, sur le plan psychique et/ou politique, pour se réfugier clairement derrière l’autorité du ministère de l’Intelligence, le mal nommé, en réalité ministère de la sécurité nationale et du renseignement, et se démarquer de ceux qui ont eu maille à partir avec les autorités iraniennes ?

Je me permets d’inviter les professionnels de la santé, en particulier les psychiatres, à trouver le moyen de nouer des liens avec le Professeur Ghadiri et son équipe à travers nos institutions, pour encourager la paix entre les nations et aider ceux qui gardent la tête haute dans la tourmente. Et éventuellement voir avec lui si, dans la plus grande discrétion, nous pouvons être utile à Mitra Kadivar. J’espère que l’Association Française de Psychiatrie voudra bien initier une démarche collective.

* Né à Téhéran, psychiatre à Paris

 

Source: avec iraniens en france


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  تاریخ انتشار: ۱۸ اردیبهشت ۱۳۹۶، ساعت: ۱۴:۵۶